Le sport comme ressource pour développer des modes de vie durables

par Alex Auroux en March 18, 2021

Rencontre avec Mathieu Muller, triathlète et chargé de mission au ministère des sports

Aujourd’hui, j’interviewe Mathieu Muller, triathlète, chargé de mission au Ministère des Sports et 𝘠𝘰𝘶𝘯𝘨 𝘚𝘱𝘰𝘳𝘵 𝘔𝘢𝘬𝘦𝘳 de la dernière édition de la Global Sports Week 2021. On parle triathlon, environnement, et comment se dépasser pour surmonter ses peurs.


Peux-tu te présenter à notre communauté ?


Je m’appelle Mathieu Muller, je suis le cadet d’une fratrie de trois garçons, tous les trois triathlètes ! On s’entraîne à un niveau compétitif mais on aime surtout se faire plaisir avec ce qu’il faut d’adversité. De ce côté-là nous sommes déjà bien servi entre nous trois !


Comment vous est venue la pratique du triathlon ?

On a toujours pratiqué plusieurs sports différents avec la fratrie : volleyball, water polo, tennis… On voulait toucher à tout !

Et puis à un moment où l’on voyait qu’on ne progressait plus beaucoup en water polo, nous nous sommes mis progressivement au vélo. Antoine a commencé le premier, avec un oncle fan de cyclisme.

Au bout d’un moment il a décidé de se lancer dans un triathlon, simplement pour tester, et il a été très performant dès le début ! Thomas et moi trouvions le triathlon très cool aussi, il fallait qu’on essaie… Alors on l’a suivi ! En moins d’un an on était tous les trois embarqués dans l’aventure du triathlon.

 

Frathree

Antoine, Mathieu et Thomas Muller. Fratrie triathlète !


C’est génial de partager cette expérience entre frères !

Absolument, et on a même réussi à embarquer les parents !


Personnellement j’adore courir, j’adore le vélo… mais la natation, je n’y arrive pas ! J’habite à Paris en plus, ce qui ne facilite pas les choses… Aurais-tu un conseil pour s’y mettre ?


C’est un discours que j’entends beaucoup, c’est vrai ! Les gens sont très attirés par le triathlon, mais la natation peut susciter une peur. On ne naît pas tous nageurs, on n’a pas tous accès à une piscine près de chez soi… Je pense qu’il faut juste surmonter cette « peur » de se lancer ! Le sport c’est cela aussi parfois : se lancer un défi. Si on surmonte sa peur et qu’on s’entraîne régulièrement, on progresse forcément, et la peur part toute seule.


En ce début d’année 2021 a eu lieu à Paris un événement majeur pour la vie du sport dans le monde : la Global Sports Week, en février. Cet événement qui rassemble les acteurs du sport de demain, t'a invité en tant que Young Sports Maker. En quoi a consisté cette invitation ?


Les 𝘠𝘰𝘶𝘯𝘨 𝘚𝘱𝘰𝘳𝘵𝘴 𝘔𝘢𝘬𝘦𝘳𝘴 sont une trentaine de jeunes acteurs du sport, sélectionnés aux quatre coins du globe. Notre mission consiste à porter le regard des jeunes générations sur les questions qui associent le sport aux défis du XXIe siècle. Lors de la Global Sports Week nous avons pu « challenger » les intervenants en face de nous, en leur posant des questions qui nous préoccupent sur toutes sortes de sujets comme la data, l’égalité, le climat…


Le climat, justement. Comment est née ta conscience entre sport et environnement ?

Cela fait maintenant une dizaine d’années que mes frères et moi faisons du triathlon. Au fil de notre pratique nous nous sommes rendus compte du sens qu’il y avait à se dépasser, à se défier les uns les autres dans le sport… mais aussi qu’il fallait aller plus loin en essayant de mieux comprendre les enjeux liés à notre pratique. On s’est donc posé la question de savoir ce qui pouvait être bon pour nous mais aussi pour nos écosystèmes, et c’est ce qui nous a fait rejoindre l’aventure Circle !

Les JO de Tokyo en 2021 : prochain rebond écologique pour le monde du sport ?


Il est vrai qu’on observe d’un côté une conscience des sportifs du point de vue écologique, et d’un autre côté une industrie du sport qui pollue énormément… Comment concilier ces deux mondes pour développer un écosystème plus durable ?


L’exemple qui me vient est celui de François Gabart, gagnant du Vendée Globe 2012 et que j’ai eu l’occasion de rencontrer à la Global Sports Week : on concède aux skippers ce rapport organique à la nature, au contact des éléments, mais on oublie que leurs bateaux consomment énormément d’énergie ! François Gabart est bien au fait de ce problème, et son action pour changer la situation avec son projet Mer Concept est très intéressante. Ils réussissent à allier performance et développement durable, duo gagnant !


Un événement qui pourrait donner l’exemple bientôt sera les Jeux Olympiques de Paris 2024, où l’accent est mis sur la volonté de faire proposer des JO responsables. L’édition 2021 de la Global Sports Week a-t-elle joué un rôle de catalyseur de cette nouvelle dynamique pour le climat dans le sport en France ?


Les industriels qui produisent les outils et produits utilisés pour pratiquer les différentes disciplines sportives doivent jouer leur rôle. Mais ils ne sont pas les seuls : les Jeux Olympiques sont une caisse de résonance de la vie du sport mondial, et les représentants de grandes institutions sportives comme celle-ci doivent aussi montrer l’exemple.

Tokyo promet déjà de belles initiatives pour intégrer cette nouvelle conscience environnementale [N.D.L.R. : les Jeux Olympiques de Tokyo auront lieu à l’Été 2021], mais Paris se donne le défi d’aller encore plus loin !


Les enjeux d’échelle mondiale ont besoin d’acteurs d’échelle mondiale. Mais à l’échelle individuelle aussi la conscience doit être présente et chacun d’entre nous doit agir pour le climat. Quels seraient tes conseils en tant que sportif responsable pour développer une pratique plus durable pour la planète ?


Mon conseil serait d’analyser sa pratique, d’observer comment l’on vit notre sport, et de se demander « comment puis-je faire pour avoir une approche plus écologique ? ». L’important est de conscientiser sa pratique sportive en comprenant ce qui pourrait améliorer la situation environnementale de sa discipline.

Mais ce n’est pas facile de changer ses habitudes ! C’est un travail qui se fait jour après jour, accompagné de cette pensée à l’esprit : « Est-ce que la façon dont je pratique mon sport est optimale ? Comment puis-je faire mieux ? ». Un petit réflexe qui peut faire une grande différence !

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