Rencontre avec Stéphanie Gicquel, exploratrice

par Alex Auroux en June 01, 2020

Peux-tu te présenter en 21 mots ?

Passionnée par la vie, par le changement. Mon mantra : « La seule limite à nos objectifs est celle que nous leur donnons ».  

 

Peux-tu nous décrire ton activité, ce que tu fais ?

Actuellement, j’évolue dans plusieurs domaines d’activités. Je monte et réalise des expéditions engagées d’endurance au long cours sur plusieurs semaines, plusieurs mois, dans des environnements extrêmes, en particulier dans les régions polaires. J’ai notamment couru un marathon au pôle Nord géographique, parcouru plus de 2.000 km à travers l’Antarctique en marchant de 8h à 16h par jour pendant près de trois mois par des températures qui sont descendues jusqu’à -50°C. Je suis également sportive de haut niveau, membre de l’équipe de France d’athlétisme, spécialiste des courses d’ultra-fond. Entrepreneure, auteure, speaker, je partage aussi sur les réseaux sociaux, en particulier sur LinkedIn où je viens d’être nommée LinkedIn Top Voice, mes réflexions sur les expériences que j’ai vécues dans des univers très différents – des cabinets d’avocats d’affaire international dans lesquels j’ai évolué pendant une dizaine d’années jusqu’au sport de l’extrême.

 

Quelles actions éco-responsables mets tu en place dans ton quotidien ?

Je suis attentive au recyclage et à la consommation en cycle court. Ce qui est bon pour la planète l’est aussi pour le corps. Par exemple, une alimentation saine et variée au rythme des saisons contribue à un bon équilibre – je le ressens de plus en plus dans le cadre de ma pratique du sport de haut niveau. 

Au fil de mes expéditions sportives en Arctique et Antarctique jusqu’aux pôle Nord et pôle Sud géographiques, j’ai découvert une nature puissante et pourtant si fragile. J’ai fondé une association loi 1901 afin de sensibiliser le public, et notamment les jeunes, à la beauté des régions polaires et leur importance pour le climat mondial, en particulier via des expositions et conférences labellisées COP21 par le Ministère de l’Ecologie. L’émerveillement naît souvent de ce paradoxe dont la nature nous donne tant d’exemples, pour inciter chacun de nous à s’engager avec passion. S’émerveiller devant la beauté de la planète, la beauté de ses paysages, de sa biodiversité, devant cette immense beauté qui se dissimule parfois dans les océans, au sommet des montagnes, dans les déserts de sable ou de glace, et qui se révèle aussi, souvent, toute proche pour qui sait ouvrir grand ses yeux. S’émerveiller devant tant de beauté, et puis succomber sans résister à cette envie profonde, qui sommeille en chacun de nous, de s’engager pour protéger et préserver notre planète, pour nous et pour tous ceux qui nous suivront. 

Depuis plusieurs années, lors de chaque projet sportif et expédition dans lesquels je me lance avec mes partenaires et sponsors, je collecte des fonds pour l’Association Petits Princes. Ce sont mes héros, tous les Petits Princes et toutes les Petites Princesses qui se battent chaque jour contre la maladie. Depuis plus de 30 ans, l’Association Petits Princes les aide à se projeter au-delà de la maladie en réalisant leurs rêves.

Trois conseils / pratiques pour un quotidien plus durable, local et responsable ?

J’ai le sentiment que nous sommes tous de plus en plus sensibles à ces problématiques et enjeux, et beaucoup adoptent déjà des bonnes pratiques au quotidien. Trois conseils ? Je dirais consommer raisonnablement, effectuer les déplacements à pied ou à vélo lorsque cela est possible, limiter et gérer les déchets à son niveau. 

Quelles actions ou engagements ou personnalités t’inspirent ?

Je fais beaucoup de rencontres dans des univers très variés – le sport, l’exploration, l’entreprise, des entrepreneurs. Chaque personne a quelque chose de remarquable dans ce qu’elle a vécu, et parfois elle ne s’en rend pas compte. Mais on a tous un joyau, on porte tous en soi quelque chose d’unique. Et quand on sait le voir, quand on sait quelles sont ses ressources, quelles sont ses forces et ses faiblesses, on peut aller plus loin vers ses objectifs. Ce sont toutes ces rencontres, ces différences qui m’inspirent.

Des compétitions à venir ? Comment créer de la motivation et les bonnes habitudes d'entraînements quand les dates et événements ne sont pas clairs ?

Les Championnats d’Europe qui devaient se dérouler à la fin de l’été ont été annulés. 

Je me projette désormais avec l’équipe de France sur les prochains Championnats du Monde d’ultra-fond au printemps 2021. Je commence à réfléchir avec mon entraîneur à un plan d’entraînement pour améliorer la performance que j’ai réalisée lors des derniers Mondiaux (240,6 km en 24h). D’ici là, si la situation le permet, je réaliserai plusieurs stages de préparation en altitude et avec l’équipe de France d’athlétisme, et participerai à des épreuves de fond, grand-fond et ultra cet automne. 

La situation actuelle nous rappelle la chance que nous avons de pouvoir pratiquer notre sport lorsque les conditions le permettent. L’émotion ressentie lors des prochains départs sera encore plus forte. Il peut être difficile toutefois de se préparer pour une compétition sans savoir si elle sera maintenue. Même lorsqu’une course n’est pas maintenue, un bon entraînement est toujours bénéfique, peut-être encore plus bénéfique d’ailleurs lorsqu’il est effectué dans des conditions difficiles – notamment des conditions d’incertitude. Le corps a une certaine mémoire et le mental peut en tirer une force supplémentaire. Comme je le dis souvent en conférence, l’accomplissement ressenti est toujours à la hauteur des obstacles surmontés. C’est l’obstacle qui rend le chemin intéressant et qui donne à l’objectif sa saveur, car il y a dans chaque obstacle une force de résistance, d’opposition qui nous pousse à aller plus loin, à persévérer.

Il est possible aussi de voir les choses sous un autre angle, de profiter de cette période par exemple pour se préparer à revenir encore plus fort – en testant de nouvelles façons de s’entraîner ou en travaillant certains aspects auxquels on accorde parfois moins de temps comme l’équipement, l’alimentation avant-course, le ravitaillement, la préparation mentale. Un bon moment donc pour ralentir côté compétitions, se poser un peu pour aller plus vite et plus loin lors des prochaines échéances.

Des expéditions à venir ? Dont tu rêverais ? L’année prochaine ?

Ce ne sont pas les idées qui manquent ! J’ai encore beaucoup à découvrir et à apprendre dans le domaine de l’exploration, du sport de haut niveau et dans tant d’autres domaines qui m’intéressent tout autant. On a tous une seule vie, et on ne peut pas en changer, mais je suis convaincue qu’elle est suffisamment longue pour que plusieurs moments de vie se succèdent, les uns après les autres, les uns derrière les autres.

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Stéphanie Gicquel

Stéphanie Gicquel est exploratrice, athlète de haut niveau, speaker et auteur. Elle a notamment parcouru l’Antarctique via le pôle Sud sur 2.045 kilomètres en 74 jours par -50 °C – la plus longue expédition à ski réalisée par une femme en Antarctique (Guinness World Record).

Spécialiste des courses d’ultra-fond, elle est championne de France et membre de l’équipe de France d’athlétisme. Dans le cadre de sa préparation pour les Championnats du Monde en 2019 (240,6 km sur 24h – 7ème mondiale – niveau International A), elle a couru 7 marathons en 7 jours consécutifs à travers le monde.

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